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Trois chevaux

6,50

Ce livre a la pureté lisse d’une pierre de fleuve. Les images y coulent comme un courant. Puissantes et évidentes, elles charrient l’imagination troublante d’Erri de Luca. Troublante de précision : on y entend des bras de femmes claquer aux balcons, on y sent l’air flétri d’une cuisine, on reconnaît le mimosa qui poudre les mains de qui le caresse. Troublante d’universalité aussi : ce sont « des arbres qui chassent des pollens, des femmes qui attendent une rupture des eaux, un garçon qui étudie un vers de Dante », toutes choses qui habitent cet Italien qui revient dans son pays après avoir passé toute sa vie en Argentine pour y suivre la femme qui lui était destinée. À cinquante ans, et son grand amour disparu, il devient jardinier et se laisse séduire par la superbe Laila avec qui il file un amour rieur. En lui est la sagesse de jouir de ces autres vies qui s’ouvrent à lui. Même s’il comprend que la fin n’est pas si loin, il éprouve jusqu’au fond de son âme qu’il n’a rien à demander au temps : « Demain, et que sais-je de demain ? Ici, il y a tout l’aujourd’hui qu’il faut. » Erri de Luca est un auteur de la matière, du sacré et du tellurique. Ses livres sont empreints de ce souffle à la fois universel et singulier qui fait de cet écrivain napolitain l’un des plus importants de sa génération, traduit dans de nombreux pays. Citons Acide, Arc-en-ciel, Un nuage comme tapis. –Laure Anciel « Je monte sur la passerelle, je ne pense à personne, je suis la dernière feuille de l’arbre et je me détache sans être poussé. Je ne pense pas à la jeune fille aimée, suivie jusqu’à faire partie de son pays. Maintenant je sais qu’elle est au fond de la mer, jetée au large du haut d’un hélicoptère, les mains attachées. A vécu pour moi, est morte pour offrir des yeux aux poissons. » Le narrateur, Italien émigré en Argentine par amour, retourne ainsi au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d’un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà enterré le premier, en quittant l’Argentine. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire lorsqu’il rencontre Làila, qui « va avec des hommes pour de l’argent », et dont il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu pour lui. Récit dépouillé à l’extrême, Trois chevaux évoque la dictature argentine, la guerre des Malouines, l’Italie d’aujourd’hui. Puis, à travers une narration à l’émotion toujours maîtrisée, où les gestes les plus simples sont décrits comme des rituels sacrés, et où le passé et le présent sont étroitement imbriqués, pose la question des choix existentiels que nous sommes amenés à faire – partir, rester, tuer, laisser vivre – et interroge la notion de destin. Le passé politique d’Erri De Luca (gauchiste) réapparaît çà et là, dans un flou poétique. Ici, dans « Trois chevaux », sans doute plus nettement qu’ailleurs, mais sous forme métaphorique tout de même, puisqu’il est question d’activisme en Argentine, peu avant la guerre des Malouines, et pour l’amour d’une femme. Le narrateur a suivi une Argentine à Buenos Aires. Elle l’a entraîné dans l’action politique. Elle disparaît. Lui-même, alors, devient marin. On est donc dans la mythologie de l’amour fou, de l’aventure, de la perte. L’économie du langage d’Erri De Luca, sa connaissance des mots et de leurs effets, son goût pour les formules proverbiales et pour les images denses, le dépouillement de sa narration qui évacue tout détail anecdotique, qui refuse la banalisation des décors, des arrière-fonds, des repères trop réalistes ont pour résultat d’élaborer un récit à la fois sec et vibrant. C’est, bien sûr, la qualité première de son style … Ce qui caractérise De Luca est le besoin de construire, dans chaque livre, une sorte de légende de lui-même, même si ses narrateurs ne doivent pas être entièrement assimilés à son identité d’auteur. L’homme qui raconte n’a pas de nom. Il est jardinier, en Italie. Son quotidien est rempli de vieux livres, « parce que les pages tournées de nombreuses fois ont plus de poids pour les yeux », mais aussi, d’arbres, de terre, d’infini, de silence. Jusqu’au jour où il rencontre Làila. Hier elle était dentiste, aujourd’hui elle est prostituée. Qu’importe. Il est bien avec elle, il se réfugie contre elle et raconte Dvora son passé, Dvora sa compagne d’avant. Il l’a suivie en Argentine où il l’a vue tomber sous les feux de la guerre. Assassinée par la dictature militaire. Plus tard, il est rentré en Italie où le malheur s’éternise puisque voici que « Làila parle d’un homme à abattre ou qui l’abattra ». Un souteneur. Un récit foudroyant qui dit le passé au temps présent, imbibé de poésie, de tendresse et d’amour.

Disponibilité : 1 en stock

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ISBN 13 : 9782070757992

ISNB 10 : 2070757994

Nombre de pages : 128

Éditeur : Gallimard

État du livre : très bon état

Reliure : broché

Poids : 180 gr

Largeur : 14 cm

Longueur : 20.29 cm

Épaisseur : 1.19 cm

Auteur : Erri De Luca

L’édition livrée peut éventuellement différer de celle commandée.

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